Le compte rendu de gérance, souvent abrégé CRG, est le relevé par lequel l’administrateur de biens rend compte au propriétaire des sommes encaissées et dépensées pour son compte, et du solde qui lui est reversé. La reddition des comptes est obligatoire au moins une fois par an (article 66 du décret n° 72-678 du 20 juillet 1972), dans les conditions prévues par le mandat. Dans les faits, presque tous les cabinets l’envoient chaque mois ou chaque trimestre.
Pour le propriétaire, c’est souvent le seul document qu’il lit de toute l’année. Pour le cabinet, c’est la vitrine de la gestion : un compte rendu clair désamorce les questions, un compte rendu confus les multiplie. Ce guide détaille ce que la loi exige, ce que les propriétaires attendent, et comment le construire. Il complète notre guide de la gestion locative professionnelle, qui présente l’ensemble du cycle d’un lot géré.
Qu’est-ce qu’un compte rendu de gérance ?
Le CRG est la forme concrète de l’obligation de rendre compte qui pèse sur tout mandataire. L’article 1993 du code civil pose le principe : le mandataire rend compte de sa gestion et de tout ce qu’il a reçu en vertu de sa procuration. Pour les professionnels de l’immobilier, la loi n° 70-9 du 2 janvier 1970, dite loi Hoguet, et son décret d’application précisent la manière.
Trois textes forment le socle. L’article 6 de la loi Hoguet impose un mandat écrit qui précise notamment les modalités de reddition des comptes et les conditions de détermination de la rémunération. L’article 64 du décret n° 72-678 exige que ce mandat autorise expressément le professionnel à recevoir des fonds. Et l’article 66 du même décret fixe le plancher : une reddition des comptes au moins annuelle, selon les conditions précisées dans le mandat.
Selon les cabinets, le document s’appelle compte rendu de gérance, relevé de gérance, relevé de compte propriétaire ou état de gérance. Le nom importe peu. Ce qui compte, c’est qu’il permette au propriétaire de refaire le calcul du solde à partir des lignes, sans avoir à appeler le gestionnaire.
Quelle périodicité pour le compte rendu de gérance ?
La périodicité est celle que fixe le mandat, avec un minimum légal d’une reddition par an. Entre ce plancher et la pratique, l’écart est large, et le choix dépend surtout du rythme des reversements.
| Périodicité | Ce qu’elle implique | Pour quels propriétaires |
|---|---|---|
| Mensuelle | Un compte rendu et un reversement par mois, en général dans la première quinzaine | Propriétaires qui comptent sur le loyer pour rembourser un emprunt ; la norme dans la plupart des cabinets |
| Trimestrielle | Moins de flux, mais une trésorerie qui reste plus longtemps sur le compte mandant | Propriétaires de plusieurs lots, investisseurs moins dépendants du flux mensuel |
| Annuelle | Minimum légal, rarement choisi seul | Cas particuliers, par exemple un bien dont les dépenses absorbent l’essentiel des recettes |
Quelle que soit la périodicité, un récapitulatif annuel s’ajoute en début d’année, pour la déclaration des revenus fonciers. Et l’information ne peut pas attendre le prochain compte rendu dans un cas précis : l’article 67 du décret n° 72-678 impose d’aviser le propriétaire, par lettre recommandée ou écrit remis contre récépissé, dans les huit jours de la remise des fonds versés à l’occasion d’une nouvelle location (dépôt de garantie, loyer payé d’avance).
Ce que contient un compte rendu de gérance
Un relevé de gérance complet présente, pour la période, les sommes encaissées pour le propriétaire, les sommes payées pour son compte, les honoraires prélevés et le solde reversé, ainsi que la situation locative de chaque lot. Aucun texte n’en fixe le modèle ; le contenu suit de l’obligation de rendre compte de tout ce qui a été reçu et dépensé.
Dans le détail, on attend :
- l’identification du mandat, du bien et de la période ;
- par lot, le loyer et les provisions appelés, puis réellement encaissés ;
- les dépenses réglées pour le compte du propriétaire, chacune avec son libellé, sa date et son fournisseur ;
- les honoraires de gestion, avec leur base de calcul, leur taux et la TVA ;
- le solde de la période, la date et le montant du reversement ;
- la situation des impayés, des dépôts de garantie détenus et des procédures en cours.
La dernière ligne est celle que les cabinets négligent le plus. Un propriétaire qui découvre un impayé de trois mois au détour d’un solde en baisse, sans une ligne d’explication, perd confiance plus vite qu’avec n’importe quelle erreur de calcul. Quand une procédure est engagée, le compte rendu doit dire où elle en est ; les étapes sont décrites dans notre guide sur les loyers impayés.
Exemple commenté : un T3 à Rennes, octobre 2026
Prenons un T3 à Rennes loué 820 € de loyer et 90 € de provisions sur charges. Le mandat prévoit des honoraires de gestion de 7 % HT des sommes encaissées, une assurance loyers impayés souscrite par le propriétaire via le contrat du cabinet, et un reversement mensuel le 12. En octobre 2026, le cabinet a réglé pour le propriétaire l’appel de fonds du syndic du quatrième trimestre et le remplacement d’un mitigeur. Le taux de 7 % est une hypothèse d’illustration, pas une référence de marché.
| Libellé | Débit | Crédit |
|---|---|---|
| Loyer d’octobre 2026, encaissé le 3 octobre | 820,00 € | |
| Provisions sur charges d’octobre 2026 | 90,00 € | |
| Honoraires de gestion, 7 % HT de 910 € | 63,70 € | |
| TVA à 20 % sur honoraires | 12,74 € | |
| Prime d’assurance loyers impayés | 22,75 € | |
| Appel de fonds du syndic, 4e trimestre 2026 | 480,00 € | |
| Plomberie, remplacement du mitigeur de la cuisine | 186,00 € | |
| Totaux | 765,19 € | 910,00 € |
| Solde reversé le 12 novembre 2026 | 144,81 € |
Le solde est faible ce mois-ci, et c’est normal : l’appel trimestriel du syndic tombe en octobre. Un compte rendu bien construit le dit en une phrase, par exemple « appel de fonds trimestriel, prochain appel en janvier 2027 ». Sans cette phrase, le propriétaire appelle. En bas de page, la situation locative indique que le locataire est à jour et que le cabinet détient 820 € de dépôt de garantie sur le compte mandant.
Notez aussi ce qui n’apparaît pas : la part des provisions sur charges encaissées ne couvre pas l’intégralité de l’appel du syndic, car une partie des charges de copropriété n’est pas récupérable sur le locataire. L’écart sera traité lors de la régularisation des charges locatives, qui doit elle aussi figurer ligne par ligne sur le compte rendu du mois où elle intervient.
Reversements : compte mandant, délais et avis de versement
Les loyers encaissés par l’administrateur de biens ne lui appartiennent pas : ils transitent par un compte spécialement affecté aux fonds des mandants, avant d’être reversés au propriétaire selon le rythme prévu au mandat. L’article 55 du décret n° 72-678 impose ce compte distinct, ouvert au nom du professionnel dans un établissement de crédit, dont sont exclues les sommes représentatives de ses honoraires.
Deux conséquences pratiques en découlent. D’abord, les honoraires prélevés sur le compte rendu doivent être transférés vers le compte propre du cabinet, avec une facture ; ils ne restent pas mélangés aux fonds des propriétaires. Ensuite, le compte mandant doit être rapproché régulièrement : la somme des soldes de tous les propriétaires doit égaler le solde bancaire, dépôts de garantie compris. Un écart inexpliqué sur ce rapprochement est typiquement ce que relève un contrôle du garant financier.
Aucun texte ne fixe de délai universel de reversement. Le mandat le prévoit, et le cabinet doit s’y tenir. La plupart des cabinets reversent dans la première quinzaine du mois suivant, une fois le rapprochement bancaire fait et les chèques encaissés. Reverser avant d’avoir vu un loyer arriver, pour faire plaisir au propriétaire, revient à lui avancer des fonds appartenant à d’autres mandants.
Honoraires de gestion : comment les faire apparaître
Les honoraires de gestion doivent apparaître sur chaque compte rendu avec leur base de calcul, leur taux et leur montant de TVA. L’article 66 du décret n° 72-678 interdit au mandataire de percevoir d’autres rémunérations que celles dont les conditions de détermination figurent au mandat, et de les recevoir d’autres personnes que celles qui y sont désignées.
Cette règle a des effets concrets. Des frais de « constitution de dossier sinistre », de « suivi de travaux » ou de « déclaration fiscale » ne peuvent être facturés que si le mandat les prévoit, avec leur mode de calcul. Une remise consentie par un artisan au cabinet sur des travaux payés par le propriétaire ne peut pas être conservée par le cabinet si le mandat ne l’autorise pas. Et les honoraires de mise en location, distincts des honoraires de gestion, suivent leurs propres règles de partage avec le locataire, présentées dans notre guide sur le mandat de gestion locative.
Un mot sur la facturation. Un propriétaire particulier qui loue nu n’est en principe pas assujetti à la TVA ; comme pour un syndicat non assujetti, les honoraires qui lui sont facturés relèvent alors de l’e-reporting et non de l’échange de factures électroniques entre entreprises. Le calendrier et les cas limites sont détaillés dans notre guide sur la facturation électronique.
Le récapitulatif annuel et la déclaration des revenus fonciers
Le récapitulatif annuel de gérance sert d’abord à la déclaration des revenus fonciers du propriétaire. Il doit donc être organisé selon la logique fiscale, pas seulement comptable.
Pour une location nue, deux régimes coexistent. Le micro-foncier s’applique lorsque les revenus fonciers bruts annuels ne dépassent pas 15 000 € : le propriétaire déclare ses recettes brutes et bénéficie d’un abattement forfaitaire de 30 % censé couvrir toutes les charges. Au-delà, ou sur option (irrévocable pendant trois ans), c’est le régime réel, avec la déclaration 2044 et la déduction des charges réellement payées : frais de gestion, primes d’assurance, travaux d’entretien et de réparation, provisions de copropriété, intérêts d’emprunt, taxe foncière. Selon l’ANIL, la prime d’assurance loyers impayés est déductible sous conditions.
Le récapitulatif utile distingue donc, pour l’année civile : loyers encaissés, provisions sur charges encaissées, charges de copropriété payées, travaux, honoraires, primes d’assurance et, si le cabinet la règle, taxe foncière. Il ne peut pas tout contenir : les intérêts d’emprunt ou une assurance payée directement par le propriétaire restent à sa charge de déclaration. Dites-le noir sur blanc dans le document.
Les loyers d’une location meublée ne relèvent pas des revenus fonciers mais des bénéfices industriels et commerciaux. Un propriétaire qui détient les deux types de biens doit recevoir deux récapitulatifs distincts, ou un récapitulatif qui sépare clairement les deux.
Les erreurs qu’on retrouve dans les comptes rendus
Les erreurs de compte rendu viennent rarement d’un mauvais calcul. Elles viennent d’un manque d’explication ou d’une écriture mal rattachée.
La plus fréquente est la dépense sans libellé : « Facture 2026-1187, 312,00 € ». Le propriétaire ne sait ni qui, ni quoi, ni pourquoi. Viennent ensuite l’impayé non signalé, le solde qui baisse sans qu’une ligne l’explique, et la révision de loyer appliquée au mauvais mois, qu’on découvre au compte rendu suivant ; la méthode est détaillée dans notre guide sur la révision de loyer IRL. Il y a aussi les honoraires calculés sur les sommes appelées au lieu des sommes encaissées, alors que le mandat dit l’inverse, et la correction faite en réécrivant un relevé déjà envoyé plutôt que par une écriture de régularisation datée sur le relevé suivant.
Cette dernière pratique est la plus dangereuse. Un compte rendu envoyé est un document que le propriétaire a pu transmettre à son comptable ou à sa banque. Le modifier après coup, même pour corriger, crée deux versions d’une même réalité. La règle est simple : on ne réécrit pas, on régularise, avec un libellé qui explique l’erreur.
Dans Gerelio
Dans Gerelio, les comptes rendus de gérance sont produits à partir de la comptabilité du mandat, pas saisis à part. Les loyers viennent du quittancement, les encaissements de l’import des relevés bancaires avec rapprochement proposé et lettrage, les dépenses des factures enregistrées et des ordres de service de travaux. Les honoraires et les reversements sont ensuite préparés pour chaque propriétaire.
Comme la comptabilité est tenue en partie double, avec des écritures scellées par une chaîne d’empreintes, une écriture validée ne se modifie pas : une erreur se corrige par une contre-passation visible, ce qui correspond exactement à la règle « on ne réécrit pas, on régularise ». La régularisation des charges, les dépôts de garantie et le suivi des impayés alimentent les mêmes comptes rendus ; le propriétaire dispose en outre d’un accès à l’extranet bailleur.
Pour voir un compte rendu de gérance généré sur un portefeuille fictif, vous pouvez essayer Gerelio sur un cabinet de démonstration.
Check-list avant d’envoyer un compte rendu de gérance
Avant chaque envoi, quelques vérifications suffisent à éviter la plupart des appels de propriétaires. Elles prennent quelques minutes par portefeuille quand la comptabilité est à jour.
- Le rapprochement bancaire du compte mandant est fait et sans écart sur la période.
- Chaque loyer encaissé est lettré sur la bonne échéance, et chaque impayé est signalé avec une phrase d’explication.
- Chaque dépense porte un libellé compréhensible (fournisseur, nature, logement concerné) et une pièce justificative rattachée.
- Les honoraires correspondent au taux et à la base du mandat, TVA comprise.
- Les événements de la période sont expliqués : révision de loyer, régularisation de charges, appel de fonds exceptionnel, entrée ou sortie d’un locataire.
- Le solde reversé correspond au virement réellement émis, à la même date.
Si l’une de ces lignes coince, mieux vaut décaler l’envoi d’une journée que d’envoyer un relevé qu’il faudra régulariser le mois suivant.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un CRG en gestion locative ?
CRG signifie compte rendu de gérance. C’est le relevé que l’agence ou l’administrateur de biens adresse au propriétaire pour chaque période : loyers et charges encaissés, dépenses payées pour son compte (charges de copropriété, travaux, assurance), honoraires de gestion, puis solde reversé. Il matérialise l’obligation de rendre compte qui pèse sur tout mandataire (article 1993 du code civil) et que la loi Hoguet organise pour les professionnels.
À quelle fréquence l’agence doit-elle envoyer un compte rendu de gérance ?
Le minimum légal est d’une reddition des comptes par an (article 66 du décret n° 72-678 du 20 juillet 1972), selon les modalités prévues dans le mandat. Dans la pratique, la plupart des cabinets envoient un compte rendu mensuel ou trimestriel, calé sur la périodicité des reversements, puis un récapitulatif annuel. La fréquence applicable est celle que fixe votre mandat de gestion.
Dans quel délai l’agence doit-elle reverser les loyers au propriétaire ?
Aucun texte ne fixe un délai unique : c’est le mandat de gestion qui prévoit la périodicité et la date des reversements, et l’agence doit s’y tenir. Les fonds des propriétaires sont déposés sur un compte spécialement affecté, distinct du compte du cabinet (article 55 du décret n° 72-678). Un retard répété ou inexpliqué justifie une demande écrite de justification, puis, au besoin, une alerte au garant financier.
Les honoraires de gestion locative sont-ils déductibles des revenus fonciers ?
Oui au régime réel : les frais de gestion font partie des charges déductibles déclarées sur le formulaire 2044, comme les primes d’assurance et, selon l’ANIL, la prime d’assurance loyers impayés sous conditions. Au micro-foncier, réservé aux revenus fonciers bruts ne dépassant pas 15 000 € par an, aucune charge réelle n’est déduite : l’abattement forfaitaire de 30 % est réputé couvrir l’ensemble des frais.
Que faire si le compte rendu de gérance comporte une erreur ?
Signalez-la par écrit au gestionnaire en indiquant la ligne concernée et la pièce qui la contredit (relevé bancaire, facture, bail). Une erreur de loyer, d’honoraires ou d’imputation se corrige par une écriture de régularisation sur le compte rendu suivant, avec un libellé explicite, jamais en réécrivant silencieusement le relevé déjà envoyé. Le mandataire doit rendre compte de tout ce qu’il a reçu pour vous.
Le propriétaire peut-il demander les justificatifs des dépenses de son compte rendu ?
Oui. Le mandataire est tenu de rendre compte de sa gestion et de tout ce qu’il a reçu en vertu du mandat (article 1993 du code civil), ce qui inclut la justification des dépenses engagées pour le compte du propriétaire. En pratique, les cabinets joignent les factures de travaux importantes au compte rendu ou les rendent consultables en ligne, et tiennent les autres à disposition.
Le récapitulatif annuel de gérance suffit-il pour remplir la déclaration 2044 ?
Il en fournit la matière, pas la déclaration elle-même. Un bon récapitulatif distingue loyers, provisions de charges, charges de copropriété, travaux, honoraires, primes d’assurance et, le cas échéant, taxe foncière, ce qui permet de reporter chaque montant au bon endroit. Mais certaines charges payées directement par le propriétaire, comme les intérêts d’emprunt, n’y figurent pas et doivent être ajoutées par lui.
Textes et sources officielles
- Loi n° 70-9 du 2 janvier 1970 (loi Hoguet), article 6 (Légifrance)
- Décret n° 72-678 du 20 juillet 1972, article 66 (Légifrance)
- Décret n° 72-678 du 20 juillet 1972, article 64 (Légifrance)
- Décret n° 72-678 du 20 juillet 1972, article 55 (Légifrance)
- Décret n° 72-678 du 20 juillet 1972, article 67 (Légifrance)
- Revenus fonciers : location vide (Service-Public.fr)
- Impayés de loyer : cautions, assurances et garanties (ANIL)
Information générale à jour au 24 septembre 2026, rédigée et vérifiée sur les textes officiels par la rédaction Gerelio. Elle ne remplace pas une consultation juridique adaptée à votre situation.